Le phalaenopsis blanc qu’on rapporte d’une jardinerie un samedi matin pour remercier une voisine, celui qu’on reçoit pour un départ en retraite, celui qui trône à l’accueil d’un cabinet médical : l’orchidée est devenue le cadeau qu’on choisit quand on ne sait pas quoi offrir. C’est un présent sans risque, et c’est bien le problème : on l’offre sans savoir ce qu’il dit. Sa couleur, son espèce et la culture de celui qui la reçoit lui donnent pourtant un sens, et quelques maladresses sont faciles à éviter.
Une fleur arrivée tard dans le langage des fleurs
Les dictionnaires du langage des fleurs publiés en Europe au XIXe siècle ont été écrits pour des plantes que tout le monde connaissait : la rose, la violette, la pensée, le lilas. Les orchidées tropicales restaient alors des plantes de serre, ramenées à grands frais par des collecteurs et réservées à quelques amateurs fortunés. On parle aujourd’hui d’« orchidelirium » pour désigner la fièvre de collection qui a saisi l’Angleterre victorienne.
Comme pour beaucoup de fleurs, les recueils qui la mentionnent ne s’accordent pas entre eux. Inutile donc de chercher une signification officielle : il n’y en a pas. Ce qu’on prête aujourd’hui à l’orchidée mêle des traditions très anciennes, la symbolique occidentale des couleurs et les habitudes des fleuristes.
De la Grèce antique aux lettrés chinois, deux héritages opposés
Le nom lui-même a une origine peu romantique. Le grec orchis signifie testicule, et c’est Théophraste qui l’a donné à ces plantes, à cause de leurs tubercules ovoïdes qui vont par paires. Cette image a longtemps rattaché l’orchidée à la fertilité : on prêtait à certaines espèces des vertus aphrodisiaques.
La Chine a construit une image tout autre. L’orchidée y figure parmi les « quatre gentilshommes » de la peinture lettrée, avec le prunier, le bambou et le chrysanthème. Il s’agit surtout de cymbidiums aux fleurs discrètes et parfumées, qui poussent à l’ombre des sous-bois. Elle incarne la droiture et la modestie de l’homme cultivé, celui qui n’a pas besoin d’être vu pour être estimable. Offrir une orchidée à un amateur de calligraphie ou à une famille attachée à cette culture revient donc à complimenter la personne, pas seulement à lui faire un bel objet.
Que change la couleur de la fleur ?
Faute de code ancien propre à l’orchidée, ce sont les significations générales des couleurs qui s’appliquent, et les fleuristes les reprennent assez fidèlement :
- le blanc renvoie à la pureté et à une élégance sobre, c’est le choix le plus sûr pour un remerciement, une naissance ou un cadeau professionnel ;
- le rose pâle dit la tendresse et convient à une mère, à une amie proche, à une convalescence ;
- le pourpre et le violet, longtemps couleurs du pouvoir et des dignitaires de l’Église, suggèrent l’admiration et le respect ;
- le jaune et l’orangé évoquent la gaieté et l’amitié, sur un ton plus léger, presque familier.
Le rouge profond, moins courant chez les phalaenopsis du commerce, garde son sens habituel de passion. Pour une déclaration, il fait une alternative plus inattendue que la rose rouge, à condition d’assumer le message.
L’espèce compte autant que la teinte
Un phalaenopsis en pot et une tige de cymbidium coupée ne racontent pas la même chose. Le premier est une plante qui dure : bien placé, à la lumière mais sans soleil direct, il refleurit d’une année sur l’autre. L’offrir, c’est s’installer dans le quotidien de quelqu’un pendant des mois, ce qui convient à une relation déjà établie. Le cymbidium, en fleur coupée ou en grand pot, a quelque chose de plus cérémonieux, qui va bien à une fête ou à un hommage.
Le cattleya, grande fleur ondulée et souvent parfumée, a longtemps été l’orchidée des corsages de bal. Les lecteurs de Proust se souviennent que Swann et Odette avaient fait de « faire catleya » leur expression codée pour désigner leurs étreintes. Le paphiopedilum, avec sa fleur en forme de sabot et ses teintes sourdes, plaira davantage à un amateur de plantes qu’à quelqu’un qui attend un bouquet.
Si l’orchidée entre dans une composition avec d’autres fleurs, chacune ajoute son propre message, pas toujours celui qu’on croit. Le chrysanthème signifie le deuil en France mais la longévité en Chine, et l’hortensia passe dans plusieurs dictionnaires pour un symbole de froideur. Avant de mélanger, un détour par ce guide sur le langage des fleurs évite les associations malheureuses, surtout quand le destinataire vient d’une autre culture.
Les cas où mieux vaut choisir autre chose
Au Japon, on évite d’apporter une plante en pot à l’hôpital : ses racines laisseraient entendre que la maladie va s’enraciner et le séjour se prolonger. La superstition est peu connue en France, mais l’idée se défend chez nous pour une raison plus prosaïque. Une personne hospitalisée n’a ni la place ni l’envie de s’occuper d’une plante, et certains services refusent les végétaux. Une visite un peu plus longue fera souvent plus plaisir.
Pour un deuil, l’orchidée blanche en pot est devenue courante, et elle a l’avantage de durer bien après les obsèques. Le blanc reste en revanche la couleur du deuil dans plusieurs traditions asiatiques : la même plante peut alors sembler maladroite pour une naissance ou une pendaison de crémaillère, et mieux vaut se renseigner sur les usages de la famille.
Un dernier détail pèse plus lourd que la couleur : l’état de la plante. Choisissez un sujet dont plusieurs boutons ne sont pas encore ouverts, avec des racines vertes ou argentées visibles à travers le pot transparent, et retirez la housse plastique avant d’offrir. Une orchidée qui fleurit encore trois mois chez celui qui l’a reçue transmet votre message mieux que n’importe quel symbole.



